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Ma Vie d'Actrice
Studio Mag. N°181, September, 2002
LA SCÈNE DE LA DENTELLIÈRE où je marche les yeux fermés sur le bord d’une falaise, presque au-dessus du vide, en me laissant guider, est la métaphore parfaite de l’état d’acteurs. L’acteur avance en état de cécité. Il est à la fois aveugle … et clairvoyant, parce qu’il sait aussi beaucoup de choses. Il doit se laisser guider. Alors, évidemment, être en état de cécité, ce n’est pas toujours confortable – encore que moi, je n’aie jamais pensé que c’était inconfortable. C’est renoncer à beaucoup pour croire que l’autre voit pour vous, et qu’ainsi, il voie encore mieux en vous. Il faut avoir beaucoup de croyance, de foi, pour jouer. Et aussi, bien sûr, en celui qui vous filme. On a intérêt à bien le choisir. Mais, après, c’est un sentiment si enivrant de se sentir menée comme ça… Il y a une sorte de jouissance à se mouvoir selon la vision que quelqu’un a de vous. C’est un sentiment extraordinaire.Ça m’est déjà arrivé de voir de mauvais acteurs, de les observer… eh bien, un mauvais acteur, c’est quelqu’un de sceptique, de trop conscient de soi, et qui, justement, ne croit pas, n’y croit pas.
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