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Les Sœurs Fâchées (2004)
DIRECTOR: Alxandra Leclère
CAST: Catherine Frot; François Berléand; Brigitte Catillon
Trois Questions à… Alexandra Leclère, Réalisatrice
1. Qu’est-ce qui vous a amenée à réaliser ce film?
Le cinéma m’a toujours attirée. Au début, comme beaucoup de jeunes filles, je me suis d’abord imaginée comédienne. J’ai tenté tout ce qui était à ma portée, un peu au hasard, mais j’étais mal à l’aise devant une caméra.
Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui me rendait vraiment heureuse... Il y a cinq ans, j’ai pris conscience de mon envie d’écrire et de réaliser. Écrire est un vrai plaisir, c’est le commencement de tout. Les gens et leurs sentiments m’intéressent. Je ne pense pas pouvoir inventer des histoires, j’aime ce qui est réel, ressenti, impliquant. J’ai beaucoup observé depuis de longues années et j’ai maintenant envie de le retranscrire. L’écriture d’un scénario et la réalisation m’ont semblé un moyen formidable d’expression.
2. Votre parcours personnel est assez atypique. Pouvez-vous nous en parler ?
Mon père était militaire et nous déménagions tous les deux ans. De mon enfance, je n’ai gardé ni racines, ni bons souvenirs. Après la séparation de mes parents, j’ai passé mon adolescence avec ma mère à Rennes et j’en suis partie à dix-sept ans... en me sauvant par la fenêtre. Avec cinq cents francs en poche, j’ai pris le train pour Paris où je n’avais jamais mis les pieds. Je suis allée boire une coupe de champagne sur les Champs-Elysées, j’y ai rencontré une jeune femme qui m’a emmenée dans une boîte de nuit, l’Elysée Matignon, très en vogue à l’époque. Un homme m’a ouvert la porte et j’ai vécu sept ans avec lui...
3. Comment vous êtes-vous préparée pour le film ? Quelles expériences ont nourri votre travail?
J’ai toujours beaucoup écrit pour ne rien oublier. Mon tout premier scénario était un exercice, un galop d’essai.
Je ne connaissais personne et j’arrivais de nulle part. Je n’ai pas réussi à le monter. Je me suis acharnée et j’ai réalisé un court métrage de cinq minutes, Bouche à Bouche. Une conversation entre deux soeurs, déjà... Louise, venue de province, frappait chez sa soeur Martine, une femme très occupée, pour lui raconter le bonheur qu’elle était en train de vivre. Martine se décomposait au fur et à mesure, se liquéfiait. C’était le principe des vases communicants, l’une débordait de bonheur, l’autre se vidait, se creusait, s’asséchait. Le bonheur de l’une faisait le malheur de l’autre. A la fin, se rendant compte à quel point sa soeur souffrait, Louise faisait croire que sa merveilleuse histoire n’était qu’une plaisanterie. Et sa soeur allait soudain beaucoup mieux...
Et c’est déjà la genèse des Soeurs Fâchées. Après cette première expérience de réalisation, je me suis sentie enfin à ma place et plus décidée que jamais à continuer à être heureuse. L’envie de réaliser un long s’est imposée tout naturellement. (>back to the film page)
Trois Questions à… Isabelle Huppert (martine)
1. Comment avez-vous rejoint le projet?
D’une manière à la fois banale et assez originale. J’ai rencontré Alexandra devant l’école de mon fils. Une amie commune m’a dit qu’elle souhaitait me soumettre un scénario. Je ne la connaissais pas du tout et j’ai d’abord été un peu surprise. Dominique Besnehard, devenu son agent, croyait à l’histoire et a insisté pour que je le lise.
2. Qu’en avez-vous pensé?
Alexandra m’avait dit que le rôle de Martine avait été écrit pour moi et que c’était la raison de son insistance. Dès la première lecture, j’ai tout de suite senti que ce rôle existait et qu’il était bon. Même s’il fallait encore affiner de nombreux points - c’était un premier scénario et un premier film - le ton était là.
On est d’abord dans quelque chose de léger, ce qui permettait de qualifier ce film de comédie, puis au fur et à mesure, on va vers quelque chose de plus profond, de plus grave. Cette évolution des personnages et des situations était séduisante. Le film traite de sujets sensibles, comme la famille, la fratrie, le couple. Ce mélange de nuances acides, drôles et violentes vous place constamment sur le fil, en équilibre au bord du précipice. Et la crise finit d’ailleurs par survenir.
Le scénario aborde aussi les choix de vie. Il parle de la province et de Paris, avec tout ce que cela implique dans l’imaginaire de gens qui vivent dans un pays assez centralisé. Paris évoque un certain sens de la réussite, le bon goût, l’apparence, le fossé qu’il peut y avoir entre le paraître et la vie intérieure. Martine présente tous les indices extérieurs de la réussite : elle est riche, bien habillée, elle a un bel appartement. Mais quelque chose en elle ne s’est jamais réalisé. A ses dépens, elle va l’éprouver très vite au contact de sa soeur. Martine va comprendre que Louise, moins assurée en apparence, est en train d’accomplir quelque chose.
Elles sont un miroir l’une pour l’autre, mais les cartes se brouillent très rapidement. Très vite, Louise a une façon d’être gentille qui devient envahissante, étouffante. A l’inverse, l’agressivité de Martine cache une fragilité, quelque chose de cassé en elle. Et peu à peu les rôles s’inversent.
3. Cette évolution, l’aviez-vous intégrée avant de commencer à jouer ou s’est-elle révélée au cours du tournage?
Elle était dans le scénario mais le jeu l’a vraiment révélée. Dès le début, je savais à peu près comment rencontrer Martine, mais le tournage, mon jeu, la rencontre avec Catherine l’ont vraiment nourrie. Chaque jour, j’ai eu plus de plaisir à jouer, plus de possibilités nouvelles et différentes à explorer. Grâce au rôle et par ce que mon imagination m’a permis d’en faire. (>back to the film page)
Trois Questions à… Catherine Frot (louise)
1. Comment avez-vous découvert le projet?
Mon agent m’a envoyé le scénario. J’ai tout de suite été attirée par l’opposition franche des deux soeurs, de leurs deux mondes. Deux soeurs reliées par l’enfance qui n’ont plus grand chose en commun si ce n’est leurs racines. Le contact avec Alexandra Leclère m’a donné envie de m’engager, et l’idée de faire soeur avec Isabelle Huppert aussi.
2. Qu’est-ce qui vous attirait dans le rôle de Louise?
J’ai été sensible à l’aspect comédie du film. Louise, avec son décalage permanent, ses moustaches de chocolat et ses vêtements pas à la mode, ressemble à une sorte de Fifi Brindacier, singulière et incongrue. Pour moi, elle ne vit pas tout à fait dans la réalité. Elle ne voit pas le mal ou ne veut pas le voir.
Croyant faire bonne figure pour susciter l’admiration de sa soeur qu’elle n’a pas vue depuis trois ans, Louise débarque à Paris et, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, va faire des dégâts. Louise croyait sa soeur heureuse, sereine, alors qu’elle-même se considère si peu. En voulant se hisser à la hauteur où elle place sa soeur, elle force son enthousiasme, sa joie de vivre ; sans même s’en rendre compte, son allure, sa façon d’être, son insouciance aussi se révèlent exaspérants pour sa soeur.
Louise fait tache dans le milieu parisien décrit dans le film et plus elle s’y sent mal à l’aise, plus elle en fait. Le personnage bascule ensuite pour gagner en humanité. On apprend à connaître Louise, elle échappe à l’idée que l’on pouvait s’en faire au début.
3. Vous sentiez-vous proche de ce personnage?
En partie. Car il m’arrive de me sentir à côté des choses et des gens, pas toujours “en phase”, et ainsi de faire rire à mes dépens, mais aussi de provoquer une certaine gêne et d’éprouver un sentiment de solitude. Il y a également ce comportement chez Louise de positiver à tout prix, comme une fuite en avant, et que je peux ressentir moi aussi. (>back to the film page)
Trois Questions à… François Berléand (pierre)
1. Comment êtes-vous arrivé sur le projet?
Alexandra est venue me rencontrer lorsque je jouais au théâtre. Nous avons dîné ensemble. Lorsqu’elle m’a raconté l’histoire qu’elle a vécue, cet inconnu à qui elle a donné un petit mot, j’ai été bouleversé. En me confiant cela, elle était émouvante, sensuelle, je me suis même demandé pourquoi elle n’interprétait pas son propre rôle. Je lui ai dit “J’aurais bien aimé qu’une femme me dise cela” sans savoir que cette réplique figurait dans son scénario ! Après, elle m’a parlé de la façon dont elle voyait Pierre, le personnage qu’elle me destinait. Sans avoir lu le script, j’ai tout de suite été tenté de travailler avec Alexandra. Elle m’a ensuite parlé de son casting. Je devais être le mari d’Isabelle Huppert, le beau-frère de Catherine Frot et l’amant de Brigitte Catillon. Je savais qu’avec Isabelle pour femme et Brigitte pour maîtresse, il n’y aurait aucun souci, je les connais depuis longtemps. Quant à Catherine, elle a déjà été ma femme trois fois!
Ensuite, j’ai lu le scénario que j’ai trouvé vivant et touchant, sans rien de convenu. Il y avait des scènes que je me régalais à l’avance d’avoir à jouer.
2. Comment définiriez-vous le personnage de Pierre ?
Pour moi, la première lecture d’un script est toujours déterminante dans la compréhension d’un personnage. Je voulais jouer Pierre comme quelqu’un de complètement cynique, qui n’a rien à faire de rien. Son couple n’existe plus. Au gré de ses pulsions, il a des relations à droite et à gauche. Pourtant, quand j’en ai parlé à Alexandra, elle m’a dit que c’était un homme complètement paumé, fou amoureux de sa femme et terriblement malheureux. Cette révélation a tout remis en perspective et j’ai adapté mon interprétation.
Quand j’ai joué la scène dans la chambre avec Catherine, je craquais, sans aucun sous-entendu sexuel et pourtant, lorsque l’on voit la scène à l’écran, au moins au début, l’ambiguïté est là, on se dit qu’il va essayer de se la faire aussi. Et le personnage bascule. Il apparaît brisé.
Quant à la scène de lit avec Isabelle, elle est terrifiante! Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le côté “on couche en pyjama”! On ne voit rien ! Mais c’est beaucoup plus fort comme ça.
3. L’idée d’humaniser votre personnage vous a-t-elle aidé?
Dans notre première scène avec Isabelle, un petit déjeuner, juste avant le générique, elle est tellement odieuse que pour mon personnage, la seule façon de s’en sortir est le détachement, au moins apparent. C’était jubilatoire à jouer. Il fallait qu’on puisse imaginer que Pierre supporte de vivre avec une telle femme ! D’autant que c’est elle qui reste avec lui, pour l’argent.
Ensuite, il fallait que le personnage devienne très humain. La transition était naturelle. L’une des qualités du scénario d’Alexandra était d’arriver à dépasser les clichés qui pouvaient naître de ses personnages. Elle les arrache tous à la caricature. (>back to the film page)
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